Biographie

Il est difficile de saisir Ian Kelly. Et, comme vous l’aurez peut-être deviné, c’est une bonne chose. 

Mais peu importe, tentons le coup. À première vue, on pourrait dire que Ian Kelly, c’est ce grand gars avec cette voix unique – un type singulier qu’on n’arrive pas à caser. Ça prend un certain temps, mais au fil de ses arrangements intrigants, de ses paroles qui persistent et nous restent, et de ses captivantes mélodies, on est charmés. C’est ce qui s’est passé pour son album précédent Speak Your Mind, qui, plus de deux après sa parution, a continué à se vendre à petit feu, gagnant sa certification or au Canada – marquant les 40 000 unités vendues – quelques semaines à peine avant le lancement de son tout nouveau et troisième album, Diamonds & Plastic

Ian a toujours mené sa barque comme il l’entendait. Il a grandi dans le quartier NDG de l’ouest de Montréal, d’une maman anglo et d’un papa franco, sa vie s’est déroulée surtout en français, et pourtant – histoire de brouiller les pistes – il a toujours écrit et chanté dans la langue de Dylan. Il dit tout simplement que c’est comme ça que ça sort. Et si on connaît Ian un tant soit peu, on sait très bien que son choix de langue d’expression n’avait rien de carriériste. 

Comme si les eaux n’étaient pas assez troubles, Ian, né Couture, a choisi, tôt dans sa carrière, d’utiliser le patronyme irlandais de sa mèreafin de se distinguer d’un homonyme chansonnier à Montréal. Il a commencé à jouer de la musique à l’adolescence, sur la batterie de son frère aîné, se mettant ensuite rapidement à chanter du Pearl Jam (et d’autres envies du moment) dans son premier band, Jim Bob and the Flying Chickens. Quelques années plus tard, ayant quitté l’école et travaillant comme technicien au Spectrum de Montréal, il s’achète un ordinateur et commence à enregistrer ses projets de lui-même, une approche qu’il n’a jamais tout à fait abandonnée. Auto-didacte, il apprend à jouer d’une panoplie d’instruments, sans se prétendre virtuose d’aucun, et il écrit, arrange, enregistre et réalise son premier album, Insecurity, seul chez lui, jouant chaque note du disque. 

Chose faite, il s’est dit que tant qu’à y être il pouvait le publier lui-même, sur sa propre étiquette, l’aptement nommée Me, Myself and I Music. 

La première et proverbiale percée s’est accomplie un soir au Théâtre Saint-Denis où Ian travaillait sur l’équipe technique locale lors d’un spectacle d’Alanis Morissette. Il leur manquait un artiste pour faire leur première partie et Ian s’est porté volontaire. Très vite, il s’est retrouvé sur scène et s’est dit – « Hé, j’arrive à tenir une salle de 2 500 personnes. Il y a peut-être une place pour moi dans ce métier. » 

La deuxième percée arriva grâce à l’émission de variétés Belle et Bum sur les ondes de Télé-Québec, à laquelle il a été invité à participer peu de temps après la parution de son premier album. Michel Bélanger, grand patron d’Audiogram, a vu la performance et a été fort intrigué. Il a senti une détermination hors du commun chez le jeune homme. 

Avec son premier contrat de disque dans sa poche, Ian, fidèle à ses habitudes, s’en est allé faire un autre album de ses propres moyens – la différence étant qu’il en avait plus. C’est ce qui nous a donné Speak Your Mind, un album aux débuts discrets, mais s’insinuant lentement et sûrement dans nos oreilles (et nos discographies). 

Diamonds & Plastic ne marque pas de véritable rupture avec Speak Your Mind. Les deux montrent le talent de Ian pour les arrangements minutieux, dont de merveilleuses cordes, et son mélange unique de pop éthérée et de bonne musique roots. Mais cet album-là est le plus proche d’un véritable album de band pour Ian. Lui et sa troupe ont joué plus de 100 concerts sur la tournée de Speak Your Mind. Tout en poursuivant les tournées le weekend, ils se sont confinés dans un chalet juste à côté de la maison de Ian dans les Laurentides pour le plus clair de l’album. C’était un trip de rock band à la vieille, comme les Stones, installés à la villa Riviera de Keith Richards alors qu’ils enregistraient Exile on Main Street, ou The Band, qui enregistraient à la Big Pink House dans l’état de New York. Ian s’est chargé de la cuisine – rajoutant à l’ambiance décontractée, chaleureuse. Il y a beaucoup moins d’électro dans cet album ; c’est surtout de vrais gens qui jouent de vrais instruments. 

Jon Day, qui a été sur la route avec Ian pendant plus de deux ans, s’est vu confié le travail d’arrangement de cordes sur Diamonds & Plastic. Ayant carte blanche, Jon a choisi de mettre en scène deux quatuors, et d’aller les enregistrer aux magnifiques studios du département de musique de l’Université McGill. Pour Kelly, c’est dans Workday, aux accents d’Eleanor Rigby, que l’on peut entendre au mieux, le travail de son acolyte. D’ailleurs, Ian a été tellement impressionné par le travail de Jon - il n’avait rien entendu avant la session d’enregistrement - que les larmes lui sont venues aux yeux. Il a même dû sortir du studio pour se ressaisir. 

Les chansons de Diamonds & Plastic ont retenu une certaine mélancolie typique d’Ian. Il semble même porter un regard encore plus critique sur le monde qui l’entoure, se demandant où nous le mènerons; le genre de question qu’un père de deux jeunes enfants a dans son collimateur. Les chansons sont aussi, et tout naturellement, influencées par les épreuves mais surtout les joies d’élever une famille aux côtés de sa femme. « La période que nous traversons me fait parfois peur » », dit-il. « Des fois je m’assois et je n’en reviens simplement pas. Les enfants permettent de voir une autre perspective. Ils me font penser à l’avenir, et pas juste le mien. » 

C’est la seule constante avec Ian. Tout est fait d’intuition. La recette c’est qu’il n’y en a pas.