« Gauche ou droite / au fond c’est secondaire / du pareil au même lucide ou solidaire / tous signataires du manifeste des suicidaires / tous dignitaires de la reine d’Angleterre », proclame Batlam en levée de rideau. Les premières phrases de Le Québec est mort, vive le Québec!, troisième album du trio hip-hop québécois, ne pourraient être plus claires: Loco Locass est enfin de retour, les convictions intactes et le désir de vaincre renforcé. Devant le restes vagissants d’un Québec gangréné jusqu’à la moelle et à qui il tarde de se libérer des libéraux, pourquoi ne pas en profiter pour rappeler distinctement que ce pays est un projet inachevé qui devra un jour ou l’autre prendre en main son destin?
Fier héritier d’une tradition de chansons enlaçant à bras le corps l’actualité, Loco Locass n’hésite pas à saisir le crachoir et à joindre sa voix au tintamarre du printemps érable sur [wi], à fustiger l’insidieuse anglicisation de Montréal sur Occupation double ou à déposer son propre rapport rappé à la commission Bouchard-Taylor, Le mémoire de Loco Locass. Porté par un refrain ensoleillé qui groove grave, cet hymne à l’ouverture enjoint les Québécois de toutes les origines à « s’unir sous la fleur de lys ». Et à se déhancher, tant qu’à d’y être.
Invité de prestige s’il en est, le poète national Gilles Vigneault, fan de la première heure de Loco Locass, vient turluter et giguer en reprenant son classique Tout le monde est malheureux, sur lequel Biz, Batlam et Chafiik déboulent avec leur débit débile, portant haut le flambeau d’un engagement par-delà les générations.
