Oeuvrant en politique dans sa ville natale de Portland en Oregon, Thomas M. Lauderdale participait à presque toutes les activités de financement au profit des causes sociales. Atterré de constater à quel point la musique d’ambiance de ces soirées était terne, forte et rébarbative, il décida de réunir des musiciens dans le but d’offrir une musique de qualité lors de ces événements. Pink Martini vit ainsi le jour en 1994. Lauderdale sollicita durant quelques années de grands musiciens, certains étant issus d'orchestres symphoniques, et la formation passa rapidement de quintette à « petit orchestre » de douze musiciens. Trois ans après la fondation du groupe, Lauderdale, qui avait rencontré la captivante China Forbes durant leurs études à Harvard, réussit à convaincre la chanteuse de quitter New York, où elle composait et jouait de la guitare pour son groupe folk rock, afin de rejoindre Pink Martini à Portland.
« Tous les musiciens du groupe ont étudié différentes langues et divers styles de musique. Et puisque tous les membres participent à l’écriture ou aux arrangements des chansons, notre répertoire est très diversifié : à un moment, on se sent en pleine samba au Carnaval de Rio; puis, au moment suivant, on a l’impression d’être dans un music-hall français des années 1930 ou dans un palace de Naples. Notre musique est comme un voyage touristique et musical », raconte le fondateur du petit orchestre. Les musiciens s’inspirent en effet des mélodies et des rythmes provenant du monde entier, tout en mélangeant habilement les genres comme le classique, le jazz et la pop old-fashioned. « Nous sommes un peu des archéologues de la musique, toujours à la recherche d’enregistrements et de partitions des années passées et à la découverte de chansons superbes », poursuit-il.
Leur premier album, Sympathique, est lancé en 1997 sur leur propre étiquette, Heinz Records (du nom du chien de Lauderdale). Celui-ci atteint rapidement le statut de phénomène international. Leur premier extrait radio, qui donne le titre au disque et qui a pour refrain « Je ne veux pas travailler », est un succès instantané en France. En 2000, Pink Martini est nommé dans les catégories Chanson de l'Année et Révélation de l'Année aux Victoires de la Musique. Sympathique s’écoule à plus de 975 000 exemplaires à travers le monde. Il devient disque de platine en France et disque d'or au Canada, en Suisse, en Turquie ainsi qu’en Grèce. Les pièces de ce premier opus se retrouvent sur bon nombre de compilations, notamment celles de Starbucks/Hear Music, Buddha Bar, Hotel Costes, West Elm, Façonnable Très Très Chic, Putumayo, Nordstrom et Williams-Sonoma, en plus d’intégrer la trame sonore de plusieurs films, comme In The Cut, Nurse Betty et Josie and The Pussycats, ainsi que d’émissions de télévision, telles que The Sopranos, The West Wings, etc.
La formation, que l’on appelle aussi l’« orchestre pop », monte sur sa première scène européenne en 1997 lors du Festival de Cannes et joue pour la première fois avec un orchestre symphonique avec l'Oregon Symphony, en 1998. Au cours des années suivantes, Pink Martini parcourt l’Amérique du Nord, l'Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et l’Asie pour interpréter son répertoire multilingue. Aussi à l'aise sur les grandes scènes avec des orchestres symphoniques que dans les petits cabarets enfumés, les musiciens attirent un public des plus variés. « Je crois que nos belles mélodies et nos jolies paroles donnent aux gens le goût de se remettre à chanter et à danser. Nous savons qu'il y a beaucoup de tristesse dans le monde, mais notre musique romantique véhicule l’espoir et notre optimisme indéfectible », soutient Lauderdale.
Sept ans séparent les deux premiers albums. Le très attendu deuxième disque, Hang on Little Tomato, est lancé en 2004 et la plupart des pièces sont écrites par la formation ou leurs proches, qui reprennent des thèmes exploités dans le premier opus. Résultat de diverses collaborations et de l’assemblage d’influences multiples, Hang on Little Tomato est vendu à plus de 700 000 exemplaires à l’échelle mondiale, ce qui l’amène au 1er rang du palmarès d'Amazon aux États-Unis. Le disque est certifié or en France, au Canada, en Grèce et en Turquie.
En 2007, la formation lance son troisième disque, Hey Eugene!. Chantées avec une grâce sensuelle par China Forbes, les douze pièces habilement écrites constituent un voyage sonore inoubliable et prouvent le talent indiscutable de Pink Martini pour la musique de cabaret. Tout l'album se démarque : des mélodies de l'âge d'or d'Hollywood, comme Everywhere, à la chanson de cabaret français intitulée Ojala. « Nous aimons jouer sur scène et enregistrer des chansons du passé lorsque nous croyons avoir quelque chose de neuf à leur apporter », explique Lauderdale. Hey Eugene! s’écoule à plus de 350 000 exemplaires à travers le monde et il devient disque d’or en France et en Turquie. Il atteint le 1er rang dans le palmarès d’Amazon.com, la 30e position dans le Billboard 200 et la 9e place sur iTunes Store Top 10 Albums.
Depuis ses débuts, la formation s'est produite avec plus de 25 orchestres symphoniques à travers le monde, dont le Los Angeles Philharmonic, les Boston Pops, le National Symphony Orchestra de Washington, l'Orchestre National d'Île-de-France et la BBC Symphony Orchestra de Londres. Les musiciens ont également multiplié les collaborations avec des artistes provenant de divers milieux, tels que Jimmy Scott, Carol Channing, Henri Salvador, Jane Powell, Chavela Vargas, Georges Moustaki, Michael Feinstein, DJ Dimitri from Paris, Norman Leyden, Hiroshi Wada, Saori Yuki, DJ Johnny Dynell et plusieurs drag queens de New York. Notons enfin quelques spectacles d'envergure offert par l’orchestre pop, soit l'inauguration du prestigieux Walt Disney Concert Hall, les concerts à guichet fermé au Carnegie Hall et à l’occasion des réveillons du Nouvel An en 2003, 2004 et 2008, la soirée inaugurale de réouverture du Museum of Modern Art de New York, le Governors Ball des 80es Academy Awards ainsi que l’ouverture du Sydney Festival en 2008.
En 2009, le groupe lance un DVD tiré de l’un de ses concerts, intitulé Discover The World. Sur la scène de l’historique Arlene Schnitzer Concert Hall de Portland, en Oregon, les musiciens offrent une performance émouvante de plusieurs de leurs plus grands succès ainsi que quelques pièces inédites. Le DVD présente de plus des photos, des anecdotes, des entretiens filmés et plusieurs bonus relatant leur vibrante histoire.
Splendor In The Grass, leur quatrième album, paraît aussi en 2009. Regroupant neuf chansons originales et quatre reprises, les pièces sont chantées en anglais, en napolitain, en italien, en français et en espagnol. Trois collaborations sur le disque sont dignes de mention : la légendaire chanteuse mexicaine Chavela Vargas interprète, à 90 ans bien sonnés, le classique d’Agustin Lara, Piensa En Mi; Emilio Delgado, qui interprétait Luis dans l’émission pour enfants Sesame Street, s’offre un duo multilingue avec China Forbes sur une reprise de Sing, de Joe Raposo, et le journaliste radio américain Ari Shapiro présente un premier enregistrement solo avec la pièce But Now I’m Back. Soulignons aussi que Courtney Taylor des Dandy Warhols joue de la guitare électrique sur la chanson-titre.
En 2010, l’illustre groupe lance Joy to the World, son cinquième opus. Festif, cet album de musique du temps des Fêtes rassemble des chansons de partout dans le monde. Parmi les 14 extraits du disque, on retrouve quelques classiques de Noël, notamment White Christmas d’Irving Berlin, interprété en anglais par China Forbes ainsi qu’en japonais par l’incroyable Saori Yuki, la Barbra Streisand du Japon. « J’adore le temps des Fêtes et toute la musique qui y est associée, dit Lauderdale. Nous voulions absolument faire un album inclusif et non religieux qui pourrait jouer partout dans le monde. »
Lancé en 2011, le sixième disque du groupe, 1969, est le fruit d’une collaboration avec la légendaire chanteuse japonaise Saori Yuki. « Cela a été un honneur pour nous d’être approchés par Saori Yuki San et EMI Japan pour travailler sur cet album, a tenu à souligner Thomas M. Lauderdale. Le concept initial de l’album était d’interpréter de grands succès japonais de l’année 1969. Mais, après avoir fait quelques recherches, nous avons découvert que, musicalement, tous les pays avaient produit quelque chose d’intéressant cette année-là. Nous avons donc décidé d’élargir nos horizons, toujours à la façon de Pink Martini, en incluant des chansons du monde interprétées en différentes langues. Le résultat est un superbe voyage dans le temps, un retour en 1969, grâce à 12 pistes chantées en japonais, en français et en anglais. »
Prolifique, le groupe sort un troisième disque en un an. À la fin 2011, Pink Martini nous offre A Retrospective, une compilation de 21 titres, qui rassemble 13 de ses plus grands succès ainsi que huit pièces inédites. L’album est un survol fascinant de la carrière des musiciens. Il permet aux néophytes de faire connaissance avec « le petit orchestre de Portland » et aux admirateurs de la première heure de replonger avec plaisir dans des versions renouvelées de leurs extraits préférés en plus de jouir de huit nouvelles chansons. La formation a par ailleurs invité plusieurs musiciens à participer au disque, tels que Saori Yuki, Hiroshi Wada, Michael Feinstein, Georges Moustaki et Gus Van Sant. « Notre plan initial était de rassembler quelques-uns de nos plus grands succès sur un seul album afin de les faire connaître au public européen et de nous aider dans la promotion de notre prochaine tournée là-bas. Au départ, j’étais sceptique à l’idée de produire ce genre de disque, mais j’ai finalement réalisé que c’était une bonne façon de diffuser plusieurs de mes pièces favorites, que je n’avais jamais réussi à placer sur nos précédents albums. Puis, lorsque j’ai terminé le travail, j’ai constaté que le disque était tellement bon qu’il devait absolument faire partie de notre catalogue de façon permanente », raconte Lauderdale.
À ce jour, plus de deux millions d’albums se sont écoulés à travers le monde, dont plus de 250 000 au Canada depuis que la formation s’est associée avec Audiogram. En ce moment, les membres de Pink Martini sont : China Forbes (chant), Thomas M. Lauderdale (piano), Robert Taylor (trombone), Gavin Bondy (trompette), Brian Lavern Davis (batterie, conga et percussions), Derek Rieth (percussions), Martin Zarzar (batterie et percussions), Phil Baker (basse), Timothy Nishimoto (chant et aux percussions), Nicholas Crosa (violon), Pansy Chang (violoncelle), Dan Faehnle (guitare) et Maureen Love (harpe). « Je pense qu'à titre de citoyens du monde et, dans un certain sens, d'ambassadeurs musicaux des États-Unis, nous devons toujours nous efforcer d'étudier les langues, les coutumes et l'histoire des autres pays. Nous sommes sans contredit un orchestre américain, mais nous passons beaucoup de temps à l'étranger; nous avons donc la possibilité de montrer que les Américains ont vraiment l'intention d'engager un dialogue avec le reste du monde », affirme le leader du groupe.
